John Edward Lautner (1911-1994), architecte américain très influent du 20è siècle, combinait la prouesse technique avec une architecture très sensuelle et spectaculairement futuriste. Lautner a entièrement conçu un concept original d’architecture commerciale : le Googie. Avec bâtiment du café Googie de 1949 situé au croisement de Sunset Strip et Crescent Heights, d’inspiration futuriste dans la droite ligne de sa sensibilité, et en contradiction avec l’attente des commanditaires, il conçut une tour panoramique avec de grandes parois en verre, dont l’allure stupéfiante agit comme un signal fort pour l’automobiliste : une sorte de placard publicitaire incarné dans le bâti. Ce café reflète l’esprit du temps, le Zeitgeist, de l’Amérique d’après guerre. D’autres commerces franchisés comme le Tiny Naylor’s, le Ship’s, le Norm’s ou le Clock’s vont rapidement imiter ce design, ce qui constitue une preuve de sa valeur commerciale. Le mot Googie fut labélisé dans une revue de 1952 par Douglas Haskell, professeur à Yale. Bien que ce genre avait déjà ses inconditionnels, le microcosme architectural des années 1950 le dénigra, le jugeant superficiel et vulgaire. Il fallut attendre 1972 et la parution du livre de Robert Venturi Learning from Las Vegas pour que le monde de l’architecture commence à envisager la valeur de la démarche de Lautner. Sa réputation en souffrit. S’ensuivront des années de vache maigre lors des décennies 1950 et 1960, puis l’occasion de construire des villas en béton banché apparaît comme une résurgence de son style dans les années 1970, notamment la résidence Bob Hope, et d’autres maisons à Palm Springs.
Parmi d’autres réalisations de Lautner on signalera aussi la résidence Arango à Acapulco avec son auvent suspendu en béton qui recadre la baie ou le motel Hot Spring à Palm Springs. Ses configurations spatiales spectaculaires et photogéniques sont souvent exploitées dans les films, notamment la résidence Elrod à Palm Springs qui accueillit le tournage du James Bond, Les diamants sont éternels en 1971.